| nik bärtsch press | Jazzman |
28. 03. 2006
Nik Bärtsch’s Ronin
Stoa
*** Labyrinthe
Par Jean Marc Gelin
La musique du pianiste zurichois est un cas d’école qui éveille la curiosité. Une sorte de recherche esthétique où le jeu des musiciens importe moins la structure formelle qu’ils déploient et où les pièces jouées ne portent pas de titre mais juste des numéros de « module ». A l’entame de l’album, Bärtsch plante les bases de ce décor modulaire. Le piano sonne comme un carillon entrecoupé de longs et lourds silences comme s’il agissait de délimiter l’aire d’un jeu dans lequel les éléments devront se mettre en œuvre et s’insinuer dans l’espace clos. Alors le système Bärtsch nous est dévoilé: univers fermé basé sur la répétition à l’infini de phrases musicales qui rappelleraient presque les boucles électroniques. Envoûtante et percussive, la musique invite à la trans. Les séquences mélodiques et harmoniques s’enchaînent dans des cycles plus ou moins longs où de micro-éléments s’animent en sous impression du piano (lointaine clarinette basse aux couleurs sombres, tintements de clochettes ou gongs mystérieux). Cette musique d’où n’émerge aucune improvisation mais où chacun contribue d’une manière extrêmement précise au système fera peut être grincer quelques dents. Car la main gauche de Bärtsch, qui use et abuse des ostinatos, pourrait rendre fou l’auditeur. Et tous les changements de cycle, mêmes radicaux n’ouvrent que sur un nouveau cycle fermé. Structure quasiment carcérale dont toute rupture sonne comme une bouffée d’air vers l’extérieur mais qui ramène inéluctablement à un autre système enfermant, ce labyrinthe musical possède une force réelle de fascination.